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« Hors normes », écoute que coûte

«Hors normes», écoute que coûte

Abordant le quotidien
d’une association
de prise en charge des autistes,
le duo gagnant
d’«Intouchables»
travaille à une
conformité idéale.

«Quand on était gamins, on partait tout le temps, avec lesscouts, lescolos de la mairie, ou avec Yaniv, un mou vement dejeunesse dont l ’esprit est “éduquer le jeune par le jeune ”. Dès 17-18 ans, ony a été animateurs.» C’est Eric Toledano qui en 2017 racontait dans les colonnes du Monde ce socle pédagogico-associatif commun avec son comparse Olivier Nakache. Leur cinéma est resté marqué par le thème fédérateur de la socialisation, de l’effort adaptatif pour sortir de l’isolement car il s’agit toujours peu ou prou chez eux de rejoindre le groupe en corrigeant ses failles personnelles et en surmontant ses tropismes de classe. Les récits qu’ils composent avec un soin d’orfèvres du feel-good movie français, dessinent à travers des histoires ou des destins exceptionnels souvent inspirés de la réalité, une trajectoire de mise en conformité, un retour à la norme.

Qu’il s’agisse des efforts du banlieusard d’intouchables plongé dans le milieu de la grande bourgeoisie au service d’un tétraplégique fortuné ou l’auto-amélioration des extras de la cérémonie de mariage du Sens de la fête qui de l’agrégat de défauts et d’incompétences du début finis saient par se plier à l’exigence pa tronale del ’efficacité et de la hiérarchie, la mécanique à l’œuvre est l’inverse de celle qui préside aux comédies que pourtant le tandem gagnant cite en exemple, entre les névroses désopilantes de Woody Allen et l’euphorie ravageuse de l’excentricité chez Blake Edwards.

Banqueroute. En ce sens, le film autour de l’association le Silence des justes, créée en 1996 par Stéphane Benhamou et prenant en charge des cas sévères d’autisme, est intégralement traversé par la question de la conformité. Les enfants refusant de parler et s’automutilant, ainsi que les adultes aux comportements intempestifs et incohérents dont doit s’occuper Bruno (Vincent Cassel) au sein d’une association toujours au bord de la banqueroute et soumise àune inspection administrative suspicieuse, lancent les cinéastes un cran plus loin dans leur désir de résoudre les écarts et les problèmes par la mise en scène des bonnes volontés et vertus parfois cachées dont un groupe humain est capable (si chacun veut bien) à suivre des règles, obéir à des horaires, se montrer poli, à l’écoute des autres, se plier à ces normes informelles qui constituent apparemment la vie en société.

Le film s’appelle Hors nonnes et, en effet, nous sommes plongés dans un monde où rien jamais ne va de soi. Bruno et Malik (Reda Kateb) forment un duo oecuménique, l’amitié entre un juif orthodoxe et un musulman pratiquant, tous deux à la tête d’une structure qui accueille les autistes soit via les services hospitaliers, soit par décision d’un juge, qu’il s’agisse d’appartement, d’accueil temporaire, de cursus de formation professionnelle, de cours de sport, de sorties diverses...

Ils récupèrent donc des cas difficiles en lieu et place des institutions en échec (les familles désemparées, les hôpitaux pédopsychiatries surchargés et mal adaptés). Et, en dehors de tout cadre institutionnel, puisque l’association de Bruno n’est pas homologuée par les services sociaux, ils prennent en charge les patients et embauchent des jeunes eux-mêmes en difficulté, issus des quartiers défavorisés, pour qu’ils ment sur le tas. Le film procède avec une redoutable efficacité dramaturgique à l’exposition tendue des faits et gestes en symbiose des asso ciations complémentaires où les signes religieux sont omniprésents (kippa, voiles) mais donnés comme tels, jamais commentés ou discutés, les protagonistes semblant unis par delà toute discorde dans la ferveur d’un activisme humanitaire.

Paradoxe. Le fil à retordre que donne au boss Malik la nouvelle re crue Dylan (Bryan Mialoundama), jeune debanlieue qui a toujours une raison pour arriver en retard et, en parallèle, l ’accompagnement rapproché de Joseph (Benjamin Lesieur) par le jeune homme autiste Bruno qui ne peut s’empêcher de tirer le stop-alarme du métro à tout bout de champ forment une des doubles trames rythmées de heurts, gags et envols que compose le duo avec les gammes plus ou moins in tenses de l’inadaptation.

Les cinéastes sont confrontés à un paradoxe, puisque l’héroïsme de Bruno est précisément d ’avoir pour suivi sa tâche en dehors des règles administratives établies, les deux émissaires de l’inspection générale des affaires sociales étant les seuls personnages vraiment négatifs du film. Le pouvoir émancipateur du travail, le credo en une société civile mue par le seul souci du bien com mun est le message galvanisant d’un film qui ne cherche pas à ras sembler à tout prix, quitte à ne pas s’embarrasser de nuances ou de tout ce qui pourrait gripper son imparable efficacité consensuelle.

DIDIER PÉRON

 

HORS NORMES
d’ÉRIC TOLEDANO
et OLIVIER NAKACHE
avec Vincent Cassel, Reda Kateb,
Catherine Mouchet... Ih55.

Source : Quotidien Libération du 24 octobre 2019 - N°11939

Abordant le quotidien
d’une association
de prise en charge des autistes,
le duo gagnant
d’«Intouchables»
travaille à une
conformité idéale.

«Quand on était gamins, on partait tout le temps, avec lesscouts, lescolos de la mairie, ou avec Yaniv, un mou vement dejeunesse dont l ’esprit est “éduquer le jeune par le jeune ”. Dès 17-18 ans, ony a été animateurs.» C’est Eric Toledano qui en 2017 racontait dans les colonnes du Monde ce socle pédagogico-associatif commun avec son comparse Olivier Nakache. Leur cinéma est resté marqué par le thème fédérateur de la socialisation, de l’effort adaptatif pour sortir de l’isolement car il s’agit toujours peu ou prou chez eux de rejoindre le groupe en corrigeant ses failles personnelles et en surmontant ses tropismes de classe. Les récits qu’ils composent avec un soin d’orfèvres du feel-good movie français, dessinent à travers des histoires ou des destins exceptionnels souvent inspirés de la réalité, une trajectoire de mise en conformité, un retour à la norme.

Qu’il s’agisse des efforts du banlieusard d’intouchables plongé dans le milieu de la grande bourgeoisie au service d’un tétraplégique fortuné ou l’auto-amélioration des extras de la cérémonie de mariage du Sens de la fête qui de l’agrégat de défauts et d’incompétences du début finis saient par se plier à l’exigence pa tronale del ’efficacité et de la hiérarchie, la mécanique à l’œuvre est l’inverse de celle qui préside aux comédies que pourtant le tandem gagnant cite en exemple, entre les névroses désopilantes de Woody Allen et l’euphorie ravageuse de l’excentricité chez Blake Edwards.

Banqueroute. En ce sens, le film autour de l’association le Silence des justes, créée en 1996 par Stéphane Benhamou et prenant en charge des cas sévères d’autisme, est intégralement traversé par la question de la conformité. Les enfants refusant de parler et s’automutilant, ainsi que les adultes aux comportements intempestifs et incohérents dont doit s’occuper Bruno (Vincent Cassel) au sein d’une association toujours au bord de la banqueroute et soumise àune inspection administrative suspicieuse, lancent les cinéastes un cran plus loin dans leur désir de résoudre les écarts et les problèmes par la mise en scène des bonnes volontés et vertus parfois cachées dont un groupe humain est capable (si chacun veut bien) à suivre des règles, obéir à des horaires, se montrer poli, à l’écoute des autres, se plier à ces normes informelles qui constituent apparemment la vie en société.

Le film s’appelle Hors nonnes et, en effet, nous sommes plongés dans un monde où rien jamais ne va de soi. Bruno et Malik (Reda Kateb) forment un duo oecuménique, l’amitié entre un juif orthodoxe et un musulman pratiquant, tous deux à la tête d’une structure qui accueille les autistes soit via les services hospitaliers, soit par décision d’un juge, qu’il s’agisse d’appartement, d’accueil temporaire, de cursus de formation professionnelle, de cours de sport, de sorties diverses...

Ils récupèrent donc des cas difficiles en lieu et place des institutions en échec (les familles désemparées, les hôpitaux pédopsychiatries surchargés et mal adaptés). Et, en dehors de tout cadre institutionnel, puisque l’association de Bruno n’est pas homologuée par les services sociaux, ils prennent en charge les patients et embauchent des jeunes eux-mêmes en difficulté, issus des quartiers défavorisés, pour qu’ils ment sur le tas. Le film procède avec une redoutable efficacité dramaturgique à l’exposition tendue des faits et gestes en symbiose des asso ciations complémentaires où les signes religieux sont omniprésents (kippa, voiles) mais donnés comme tels, jamais commentés ou discutés, les protagonistes semblant unis par delà toute discorde dans la ferveur d’un activisme humanitaire.

Paradoxe. Le fil à retordre que donne au boss Malik la nouvelle re crue Dylan (Bryan Mialoundama), jeune debanlieue qui a toujours une raison pour arriver en retard et, en parallèle, l ’accompagnement rapproché de Joseph (Benjamin Lesieur) par le jeune homme autiste Bruno qui ne peut s’empêcher de tirer le stop-alarme du métro à tout bout de champ forment une des doubles trames rythmées de heurts, gags et envols que compose le duo avec les gammes plus ou moins in tenses de l’inadaptation.

Les cinéastes sont confrontés à un paradoxe, puisque l’héroïsme de Bruno est précisément d ’avoir pour suivi sa tâche en dehors des règles administratives établies, les deux émissaires de l’inspection générale des affaires sociales étant les seuls personnages vraiment négatifs du film. Le pouvoir émancipateur du travail, le credo en une société civile mue par le seul souci du bien com mun est le message galvanisant d’un film qui ne cherche pas à ras sembler à tout prix, quitte à ne pas s’embarrasser de nuances ou de tout ce qui pourrait gripper son imparable efficacité consensuelle.

DIDIER PÉRON

 

HORS NORMES
d’ÉRIC TOLEDANO
et OLIVIER NAKACHE
avec Vincent Cassel, Reda Kateb,
Catherine Mouchet... Ih55.

Source : Quotidien Libération du 24 octobre 2019 - N°11939

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