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Les Dr feel good du cinéma français

Les Dr feel good du cinéma français s’emparent avec succès du thème de l’autisme.

HORS NORMES
point le monde

Quelque chose d’américain travaille de longue date le cinéma d’Olivier Nakache et Eric Toledano. Célébration de l’individualisme, méfiance de l’institution, éloge des hommes de bonne volonté, hymne à la gentillesse et au souci d’autrui, amour invétéré des acteurs, diffusion de larges brassées de réconfort. A une époque aussi conflictuelle que la nôtre, ces valeurs simples sont âprement recherchées, même une heure et demie au cinéma, ça détend. Ce qui était déjà vrai de leurs premiers films (leur premier long-métrage, Je préfère qu’on reste amis, date de 2005) l’est plus encore depuis Intouchables (2011), soudaine cristallisation de qualités qui n’existaient qu’en puissance, et qui les a propulsés au nirvana du cinéma français.

Faisant suite à Samba (2014) et au Sens de la fête (2017) – sur un terrain de plus en plus marqué par la tentation d’une réduction des fractures de la société française –, ces docteurs Feelgood du cinéma hexagonal proposent avec Hors normes un jeu délicat entremêlant trois sujets qu’on qualifiera de sensibles. Les adolescents autistes ; les jeunes des quartiers ; les relations judéo-arabes. Rien de moins. Donc, pour commencer, un tandem archi-complémentaire (cela vous rappelle quelque chose ?). D’un côté, Bruno (Vincent Cassel), juif observant, gros tchatcheur, gros fonceur, gros embrouilleur ; de l’autre, Malik (Reda Kateb), musulman sans ostentation, carré, direct, solide.

Educateurs, le premier dirige une structure d’accueil pour jeunes autistes en bout de parcours institutionnel, le second une association pour des jeunes en demande de réinsertion. Ils étaient donc faits l’un pour l’autre, l’amitié en sus. Et leurs ouailles itou. Les uns s’occupant des autres, les autres occupant les uns, le pari étant que cela fait du bien à tout le monde. Le travail et le stress – inspecteurs des affaires sociales tatillons, police peu amène, corde raide des comportements – étant par ailleurs si intenses qu’on en oublie les prédéterminations: juif, musulman, autiste, délinquant… Cela s’appelle un projet, mené avec le cœur et la passion, parfois aux franges du cadre légal. Le challenge consistant évidemment pour les réalisateurs – partant d’une telle souffrance humaine – d’instiller sans obscénité les ingrédients propres à tirer le film du côté de la comédie sociale.

Psychopathe du bien
La finesse du tandem y pourvoie. Avec le funambulisme de Bruno, psychopathe du bien, célibataire incasable car aliéné à sa cause, animateur d’une association sans agrément, concepteur quotidien de plans sur la comète, dépositaire légal du mantra « on va trouver une solution », là où 99 % de ses semblables ont déjà baissé les bras. Mais aussi bien avec le personnage de Joseph, véritable autiste touché par la grâce, bien qu’il soit régulièrement tenté de frapper sa mère, et qui gagne sans effort les suffrages du spectateur en faisant peser sur chaque trajet en métro la menace d’un signal d’alarme dont on sait qu’il ne pourra pas ne pas le tirer.

Faire ainsi tenir ensemble le dossier social, le mélodrame et la comédie requiert un sens de la narration et du timing redoutable. D’un autre côté, tout cela est évidemment trop beau pour être vrai, trop lisse et calibré pour déchirer le voile de la représentation. Mais même à cela, Nakache et Toledano, désarmants, ont une réponse, emballée dans le tissu même du réel : oui, cela est possible, oui, ces gens-là et ces lieux-là existent, ils les ont de longue date rencontrés, ils s’en sont même inspirés. Même cause qu’ Intouchables , donc, qui fut tiré d’une histoire vraie, et mêmes effets à prévoir, ou à tout le moins approchants, car ce n’est pas tous les jours qu’on décroche une telle timbale. Le réel naturalise ainsi la légende, qui en retour embellit le réel.

jacques mandelbaum

 

 

 

 

Film français d’Olivier Nakache et Eric Toledano. Avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Bryan Mialoundama (1 h 53).

 

 

Source : Quotidien Le Monde - N°23260 du 23 octobre 2019

HORS NORMES
point le monde

Quelque chose d’américain travaille de longue date le cinéma d’Olivier Nakache et Eric Toledano. Célébration de l’individualisme, méfiance de l’institution, éloge des hommes de bonne volonté, hymne à la gentillesse et au souci d’autrui, amour invétéré des acteurs, diffusion de larges brassées de réconfort. A une époque aussi conflictuelle que la nôtre, ces valeurs simples sont âprement recherchées, même une heure et demie au cinéma, ça détend. Ce qui était déjà vrai de leurs premiers films (leur premier long-métrage, Je préfère qu’on reste amis, date de 2005) l’est plus encore depuis Intouchables (2011), soudaine cristallisation de qualités qui n’existaient qu’en puissance, et qui les a propulsés au nirvana du cinéma français.

Faisant suite à Samba (2014) et au Sens de la fête (2017) – sur un terrain de plus en plus marqué par la tentation d’une réduction des fractures de la société française –, ces docteurs Feelgood du cinéma hexagonal proposent avec Hors normes un jeu délicat entremêlant trois sujets qu’on qualifiera de sensibles. Les adolescents autistes ; les jeunes des quartiers ; les relations judéo-arabes. Rien de moins. Donc, pour commencer, un tandem archi-complémentaire (cela vous rappelle quelque chose ?). D’un côté, Bruno (Vincent Cassel), juif observant, gros tchatcheur, gros fonceur, gros embrouilleur ; de l’autre, Malik (Reda Kateb), musulman sans ostentation, carré, direct, solide.

Educateurs, le premier dirige une structure d’accueil pour jeunes autistes en bout de parcours institutionnel, le second une association pour des jeunes en demande de réinsertion. Ils étaient donc faits l’un pour l’autre, l’amitié en sus. Et leurs ouailles itou. Les uns s’occupant des autres, les autres occupant les uns, le pari étant que cela fait du bien à tout le monde. Le travail et le stress – inspecteurs des affaires sociales tatillons, police peu amène, corde raide des comportements – étant par ailleurs si intenses qu’on en oublie les prédéterminations: juif, musulman, autiste, délinquant… Cela s’appelle un projet, mené avec le cœur et la passion, parfois aux franges du cadre légal. Le challenge consistant évidemment pour les réalisateurs – partant d’une telle souffrance humaine – d’instiller sans obscénité les ingrédients propres à tirer le film du côté de la comédie sociale.

Psychopathe du bien
La finesse du tandem y pourvoie. Avec le funambulisme de Bruno, psychopathe du bien, célibataire incasable car aliéné à sa cause, animateur d’une association sans agrément, concepteur quotidien de plans sur la comète, dépositaire légal du mantra « on va trouver une solution », là où 99 % de ses semblables ont déjà baissé les bras. Mais aussi bien avec le personnage de Joseph, véritable autiste touché par la grâce, bien qu’il soit régulièrement tenté de frapper sa mère, et qui gagne sans effort les suffrages du spectateur en faisant peser sur chaque trajet en métro la menace d’un signal d’alarme dont on sait qu’il ne pourra pas ne pas le tirer.

Faire ainsi tenir ensemble le dossier social, le mélodrame et la comédie requiert un sens de la narration et du timing redoutable. D’un autre côté, tout cela est évidemment trop beau pour être vrai, trop lisse et calibré pour déchirer le voile de la représentation. Mais même à cela, Nakache et Toledano, désarmants, ont une réponse, emballée dans le tissu même du réel : oui, cela est possible, oui, ces gens-là et ces lieux-là existent, ils les ont de longue date rencontrés, ils s’en sont même inspirés. Même cause qu’ Intouchables , donc, qui fut tiré d’une histoire vraie, et mêmes effets à prévoir, ou à tout le moins approchants, car ce n’est pas tous les jours qu’on décroche une telle timbale. Le réel naturalise ainsi la légende, qui en retour embellit le réel.

jacques mandelbaum

 

 

 

 

Film français d’Olivier Nakache et Eric Toledano. Avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Bryan Mialoundama (1 h 53).

 

 

Source : Quotidien Le Monde - N°23260 du 23 octobre 2019

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